CINÉMA SAADA..Mémoire vivante d’un âge d’or à Hay Mohammadi
2026-03-31
![]()
ujourd’hui silencieux, le cinéma Saada reste
profondément ancré dans la mémoire collective, comme un
symbole d’un âge d’or où le cinéma était une fête, un refuge
et une fenêtre ouverte sur le mondeConstruit au milieu du
XXᵉ siècle, à une période où Hay Mohammadi s’imposait
comme l’un des grands centres ouvriers et culturels de
la ville, le Cinéma Saada n’était pas qu’un simple lieu de
projectionC’était un espace de vieOn y venait en famille,
entre amis, entre voisinsLe cinéma rythmait les semaines,
animait les soirées et participait à la construction d’une
culture populaire communeÀ l’affiche : films égyptiens,
mélodrames indiens, westerns américains, comédies
marocaines… Une programmation éclectique qui reflétait
les goûts et les émotions d’un public fidèle, souvent
passionnéPour beaucoup d’habitants, franchir les portes
du Saada, c’était voyager sans quitter le quartier
Le temps du déclin
Comme la majorité des salles mono-écran au Maroc,
le Cinéma Saada a été rattrapé par les mutations
technologiques et socialesÀ partir des années 1990,
l’arrivée de la télévision satellite, puis d’internet et
des nouvelles formes de consommation culturelle, a
progressivement vidé les salles de quartierLe modèle
économique s’est fragilisé, les projections se sont espacées,
et l’influence culturelle du lieu a déclinéLe Saada n’a pas
échappé à ce mouvement qui a vu disparaître, les unes
après les autres, de nombreuses salles emblématiques
de CasablancaPourtant, contrairement à certaines, il n’a
jamais totalement quitté le paysage urbain ni la mémoire
des habitantsSa fermeture remonte très probablement
au cours des années 2010, probablement dans la seconde
moitié de la décennie, au fur et à mesure que ces salles de
quartier perdaient leur programmation face à l’évolution
du marché, de la demande et des multiplexes modernes
Un lieu, des souvenirs
Pour les anciens de Hay Mohammadi, le Saada reste
indissociable d’une époque« On faisait la queue
longtemps avant la séance, surtout pour les films égyptiens
», se souvient un habitant du quartier« Le cinéma, c’était
un moment de fêteOn riait, on pleurait, on applaudissait
C’était notre télévision avant la télévision »D’autres
évoquent les premières émotions de jeunesse, les rendezvous discrets, les découvertes cinématographiques, ou
simplement l’atmosphère unique d’une salle pleine,
vibrante, vivanteLe Cinéma Saada n’était pas seulement
un lieu de projection — c’était un espace de lien social, un
point de repère, un morceau de vie
Patrimoine fragile, mémoire persistante
ujourd’hui, le bâtiment demeure un marqueur urbain
et symboliqueIl incarne une histoire plus large : celle du
cinéma populaire au Maroc, des quartiers qui vivaient au
rythme des projections, et d’un rapport collectif à l’image
aujourd’hui profondément transformé
Dans les débats sur la sauvegarde des salles historiques et
la réhabilitation culturelle des quartiers, le Cinéma Saada
revient souvent comme un exemple de patrimoine fragile
mais précieuxCar au-delà des murs, ce sont des souvenirs,
des imaginaires et une mémoire sociale qui subsistentÀ
Hay Mohammadi, son nom continue d’évoquer bien plus
qu’une salle obscure : un fragment d’histoire, une mémoire
populaire, et le souvenir d’un temps où, le temps d’une
séance, tout un quartier rêvait ensemble