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Cinéma : Leyla Bouzid filme l’indicible et les secrets de famille dans « À voix basse »

2026-04-22

Après avoir exploré l'éveil sensuel masculin dans Une histoire d'amour et de désir, la cinéaste Leyla Bouzid revient derrière la caméra avec un opus d'une grande délicatesse : À voix basse. À travers le deuil et le retour aux sources, la réalisatrice tisse un drame intime et politique qui sonde les non-dits d'une société tunisienne tiraillée entre traditions et aspirations individuelles.

Un retour aux racines sous le sceau du secret

L’intrigue s'ouvre sur le retour de Lilia (interprétée par la révélation Eya Bouteraa) en Tunisie. Venue pour assister aux obsèques de son oncle, la jeune femme, installée à Paris, retrouve une demeure familiale où le temps semble s'être figé. Mais derrière la solennité des funérailles se cache une réalité plus complexe : Lilia mène une vie en France que ses proches ne soupçonnent pas.

En enquêtant sur la disparition soudaine de cet oncle, elle se heurte aux silences de trois générations de femmes cohabitant sous le même toit. Le film devient alors une quête de vérité où les secrets personnels font écho aux traumatismes du passé.

La sexualité face aux silences de l'histoire

Le cœur du long-métrage réside dans l'impossibilité de dire. Lilia vit une relation amoureuse avec une femme (jouée par Marion Barbeau, vue dans En corps), une identité qu'elle doit masquer dans un pays où les lois pénalisent encore l'homosexualité. Leyla Bouzid filme cette "vie empêchée" avec une subtilité remarquable, montrant comment cette interdiction traverse les âges. On comprend peu à peu que le mal-être de l'oncle défunt prenait racine dans les mêmes interdits.

La mise en scène, feutrée et élégante, fait honneur au titre. Les aveux se font dans un souffle, pour éviter le scandale, créant une atmosphère de tension constante entre l'intime et le social.

Une ode à la sororité et au courage

Porté par un casting prestigieux, notamment la charismatique Hiam Abbass dans le rôle de la mère, le film se transforme en un portrait vibrant de la sororité. Malgré les différences de mentalités entre les générations, ces femmes de caractère tentent de s'unir pour affronter une société jugeante.

Par sa retenue et sa manière de dénoncer les dysfonctionnements sociétaux par la bande, À voix basse rappelle la force narrative de Derrière les palmiers de Meryem Benm'Barek. Leyla Bouzid signe ici une œuvre nécessaire qui, plutôt que de s'adonner au pamphlet, choisit la voie de l'émotion et de la lumière pour éclairer les zones d'ombre de la mémoire collective.

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