Le cinéma hassani poursuit progressivement son installation dans le paysage audiovisuel marocain avec l’ambition affirmée de dépasser les frontières régionales pour toucher un public national et international. À Dakhla, en marge du Festival international du film, plusieurs acteurs du secteur ont mis en avant les avancées réalisées ces dernières années, mais aussi les défis qui restent à relever pour structurer durablement cette jeune dynamique cinématographique.
Le réalisateur marocain Said Zribiaa, considéré comme l’une des figures de la nouvelle génération de cinéastes hassanis, estime que les productions issues des provinces du Sud doivent désormais trouver davantage de visibilité au sein des festivals et des circuits de diffusion au Maroc et à l’étranger.
Selon lui, la dernière décennie a permis l’émergence d’un véritable écosystème cinématographique sahraoui grâce à l’accumulation des productions audiovisuelles soutenues par le Fonds d’aide à la production de films consacrés à la culture et à l’espace sahraoui hassani.
Créé en 2015, ce mécanisme de soutien a favorisé la naissance d’un important patrimoine audiovisuel qui documente aujourd’hui les traditions, les modes de vie et la mémoire collective des provinces du Sud.
Said Zribiaa souligne que le développement du documentaire a joué un rôle essentiel dans la sauvegarde du patrimoine hassani, longtemps transmis essentiellement par voie orale.
Environ 220 films auraient été réalisés dans ce cadre, contribuant à préserver un héritage culturel considéré comme l’un des principaux affluents de l’identité plurielle marocaine reconnue par la Constitution.
Le réalisateur considère que cette évolution a permis de transformer un patrimoine immatériel fragile en une mémoire visuelle durable accessible aux générations futures.
Toutefois, il reconnaît également que cette production demeure inégale sur le plan artistique et technique, une situation qu’il juge naturelle pour une expérience cinématographique encore récente dans les provinces du Sud.
Dans une démarche d’autocritique qu’il estime nécessaire pour faire progresser le cinéma hassani, Said Zribiaa évoque une certaine répétition des thématiques abordées par plusieurs productions, souvent centrées sur les traditions et les représentations classiques de l’espace sahraoui.
Le cinéaste appelle ainsi à encourager des approches plus personnelles capables d’ancrer les œuvres dans leur identité locale tout en leur donnant une portée universelle.
L’objectif, selon lui, est de faire émerger des créations susceptibles de dialoguer avec un public plus large et de s’imposer dans les grands rendez-vous cinématographiques internationaux.
Le réalisateur estime que les jeunes talents de la région ont considérablement progressé au fil des années malgré l’absence historique d’infrastructures culturelles et de structures de formation spécialisées.
Aujourd’hui, des techniciens et professionnels issus des provinces du Sud participent à des productions nationales, preuve selon lui de la montée en compétence progressive de cette nouvelle génération.
Le Festival international du film de Dakhla est régulièrement cité comme un levier important dans ce processus de formation et d’ouverture professionnelle.
Said Zribiaa rappelle également que les premiers bénéficiaires du Fonds d’aide avaient dû assumer simultanément plusieurs fonctions, devenant à la fois producteurs, scénaristes et réalisateurs afin de bâtir une industrie encore naissante.
Depuis Dakhla, devenue ces dernières années un décor prisé par plusieurs productions internationales, le réalisateur appelle à une meilleure circulation des films hassanis dans les festivals organisés à travers le Royaume.
La ville a notamment accueilli le tournage de scènes de productions internationales comme « L’Odyssée » de Christopher Nolan avec Matt Damon ou encore « Un hologramme pour le roi » porté par Tom Hanks.
Pour Said Zribiaa, intégrer systématiquement les œuvres hassanies dans les manifestations cinématographiques nationales permettrait non seulement d’améliorer leur diffusion, mais aussi de renforcer les échanges culturels entre créateurs marocains issus des différentes régions du pays.
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