Longtemps perçu comme un décor naturel prisé des superproductions internationales, le Maroc cherche désormais à franchir un cap stratégique : s’imposer comme un véritable pôle de création cinématographique et audiovisuelle. C’est le constat dressé par The Hollywood Reporter, à l’occasion de la désignation du Royaume comme Country in Focus de l’European Film Market (EFM) 2026, organisé en marge de la Berlinale.
Depuis plus d’un siècle, les productions étrangères exploitent la diversité géographique du pays — de l’Atlas au Sahara, de Marrakech à Casablanca — ainsi que ses infrastructures techniques et humaines. Mais, selon le média américain, un changement de paradigme est en cours. Une nouvelle génération de producteurs et de cinéastes marocains ambitionne désormais de développer des œuvres pensées pour une circulation internationale, et non plus seulement d’accueillir des projets venus d’ailleurs.
Citée par The Hollywood Reporter, Tanja Meissner, directrice de Berlinale Pro, évoque un « moment opportun » pour mettre en lumière un écosystème qui combine capacité industrielle, vitalité artistique et ouverture aux coproductions. Elle cite notamment Sofia Alaoui, Hicham Lasri, Maryam Touzani et Nabil Ayouch comme figures d’un cinéma marocain contemporain de plus en plus visible sur la scène internationale.
Ces cinéastes incarnent un mouvement qui cherche à concilier ancrage local et narration universelle, en s’appuyant sur des réseaux de festivals, de marchés et de plateformes internationales.
Le parcours de Karim Debbagh, fondateur de Kasbah Films, illustre cette évolution. Formé en Allemagne, il choisit de revenir au Maroc pour raconter des histoires ancrées dans son propre contexte culturel. Confronté à la faiblesse des financements locaux au début des années 2000, il développe parallèlement une activité de services de production pour des films et séries internationaux, allant de The Wheel of Time à Men in Black: International, tout en accompagnant des projets marocains sélectionnés à Venise, Rotterdam ou Marrakech.
Selon The Hollywood Reporter, sa présence à Berlin en 2026 avec plusieurs projets en développement s’inscrit dans une stratégie plus large : transformer le Maroc en créateur de contenus exportables, notamment de séries conçues dès l’origine pour la coproduction internationale.
Cette orientation sera au cœur d’un panel intitulé Moroccan Series on the Rise, consacré aux conditions nécessaires pour passer d’un succès national à une reconnaissance internationale. Salim Cheikh (2M**), Khadija Alami et Lamia Chraibi y analyseront les modèles économiques, les choix éditoriaux et les enjeux réglementaires qui structurent le secteur.
Le pays conserve par ailleurs des arguments solides pour attirer les tournages. D’après The Hollywood Reporter, le Centre cinématographique marocain (CCM) propose un mécanisme de remboursement de 30 % des dépenses éligibles engagées sur le territoire, sous conditions de durée et de volume d’investissement. Relevé de 20 à 30 % en 2021, ce dispositif s’accompagne d’accords de coproduction, d’exonérations fiscales ciblées et de facilités logistiques.
Ces mesures ont bénéficié à des productions internationales majeures, dont Mosul, ainsi qu’à des projets liés aux frères Russo. De nombreux producteurs étrangers soulignent la combinaison d’incitations financières attractives, de techniciens expérimentés et de décors variés concentrés sur un territoire relativement restreint.
La nomination de Mohamed Reda Benjelloun à la tête du CCM en juillet 2025 marque, selon le magazine américain, une inflexion stratégique. L’accent est mis sur l’accompagnement des jeunes talents, les nouvelles formes narratives et l’inscription plus affirmée du cinéma marocain dans les circuits internationaux.
Pour Benjelloun, cité par The Hollywood Reporter, l’enjeu est clair : permettre au Maroc de « reprendre ses propres récits » et de partager ses réalités et imaginaires sans médiation extérieure. La sélection, à l’EFM, d’une majorité de projets portés par des femmes est présentée comme le signe d’un renouvellement générationnel profond.
À Berlin, le Maroc ne se présente donc plus seulement comme un décor adaptable aux fictions étrangères, mais comme un acteur déterminé à structurer une industrie capable de produire et d’exporter ses propres œuvres. Une mutation progressive, soutenue par des instruments économiques, mais surtout portée par une volonté affirmée de repositionnement narratif.
Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir les dernières actualités,
critiques de films, interviews exclusives et recommandations personnalisées
directement dans votre boîte mail.
Ne manquez rien des sorties cinématographiques et des événements spéciaux !
© Cinenews . All rights reserved Imperium Solutions