À 72 ans, il est monté sur les marches de Cannes avec un film qu'il a lui-même réalisé. Pas en tant qu'acteur. En tant qu'auteur.
Cannes, section Cannes Première. John Travolta présente Vol de Nuit pour Los Angeles, adaptation de son propre roman pour enfants, qu'il a écrit, réalisé et narré lui-même. Le film raconte son premier vol en 1962, à l'âge de huit ans, depuis l'aéroport LaGuardia de New York — un souvenir d'enfance devenu livre en 1997, écrit pour son fils Jett. Sa fille Ella Bleu Travolta figure au générique. C'est un film intime, presque confidentiel, à mille lieues des blockbusters qui ont fait sa légende. Et pourtant, quand il monte les marches, les plus vieux pensent à La Fièvre du samedi soir, les autres à Pulp Fiction. Et ils applaudissent. Ça fonctionne toujours.
C'est peut-être ça, la définition d'une icône.
Deux résurrections
La carrière de John Travolta ressemble à un électrocardiogramme : des pics vertigineux suivis de longues années plates, puis un nouveau pic. Il connaît son premier sommet à 23 ans avec La Fièvre du samedi soir (1977), puis Grease (1978). Deux films, deux tubes planétaires, un costume blanc devenu l'une des images les plus reproduites de la pop culture. Puis la chute — lente, inexorable, une décennie entière de navets et de seconds rôles.
La résurrection a un nom : Quentin Tarantino. Pulp Fiction, 1994, Palme d'or à Cannes. Travolta y décroche deux nominations aux Oscars, trois Golden Globes et Emmy Awards. La scène de danse avec Uma Thurman entre instantanément dans l'histoire du cinéma. Il a 40 ans. Il revient de loin. Le monde lui redonne tout.
S'ensuivent Get Shorty, Broken Arrow, Face/Off, Primary Colors — une deuxième décennie dorée. Puis, à nouveau, le creux : des années 2010 marquées par des projets alimentaires, des films d'action à petit budget comme High Rollers (2025), sortis directement en VOD avec des recettes de quelques dizaines de milliers de dollars. Plus de 70 films en un demi-siècle — une filmographie où le meilleur côtoie sans complexe le dispensable.
Ce qui rend Travolta singulier, c'est moins sa filmographie que ce qu'il a traversé. La mort de son fils Jett en 2009, à 16 ans, des suites d'une crise d'épilepsie lors de vacances aux Bahamas — un deuil dont il n'a jamais vraiment parlé publiquement, sinon par fragments. Puis celle de sa femme, l'actrice Kelly Preston, emportée par un cancer du sein en 2020 après 29 ans de mariage. Deux deuils fondateurs, portés avec une discrétion qui tranche avec l'exposition permanente du showbiz américain.
C'est précisément à Jett qu'il avait dédié le roman dont il vient d'adapter le film. La boucle est bouclée — ou plutôt, elle continue de tourner.
La passion secrète
En parallèle de sa filmographie, une passion de longue date occupe le comédien : l'aviation. Pilote certifié depuis les années 1970, propriétaire de plusieurs appareils, il vit sur un domaine en Floride avec une piste d'atterrissage privée. Une passion qui n'est pas anecdotique — elle dit quelque chose de l'homme : le goût du contrôle, de la liberté, de l'altitude. Vol de Nuit pour Los Angeles n'est pas un film sur l'aviation. C'est un film sur ce que l'aviation représente quand on a huit ans et qu'on regarde les avions décoller depuis un trottoir de New York.
Avec trois films présentés sur la Croisette — Pulp Fiction et She's so Lovely en Compétition, Primary Colors hors compétition — Travolta entretient avec Cannes une relation presque filiale. Le festival lui a donné sa deuxième vie. Il lui rend aujourd'hui une œuvre personnelle, fragile, sans filet.
Son biographe résume assez bien ce qu'il représente : « Un acteur célèbre, en fait, c'est deux ou trois films marquants, les autres on les oublie. » Travolta en a au moins quatre ou cinq qui comptent vraiment. C'est déjà beaucoup plus que la plupart.
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