Après le succès de Parthénope au festival de Cannes 2025, Paolo Sorrentino revient sur le devant de la scène cinématographique avec La Grazia, un film qui plonge au cœur de l’intimité d’un président de la République italienne en fin de mandat. Sorti dans les salles françaises le 28 janvier, ce long-métrage offre une réflexion profonde sur le temps, la mémoire et les dilemmes moraux.
Rome, aujourd’hui. Mariano De Santis (Toni Servillo), président de la République, termine son mandat avec mélancolie. Veuf depuis plusieurs années, il tente de surmonter sa solitude sous le regard attentif de sa fille Dorotea (Anna Ferzetti), à la fois collaboratrice et confidente. Dans ces derniers mois au pouvoir, il doit prendre des décisions lourdes de conséquences : un projet de loi sur l’euthanasie et deux grâces présidentielles pour des condamnés à perpétuité. Mais au-delà de ses responsabilités officielles, un questionnement intime le hante : découvrir la vérité sur la tromperie de sa défunte épouse.
Sorrentino, qui s’était déjà intéressé à la figure politique dans Il Divo, compose ici un portrait fictif d’un président aux traits d’un ancien juriste, rigoureux et solitaire, surnommé "Béton armé" par ceux qui l’entourent. La mise en scène dévoile son quotidien, entre visites officieuses, méditations sur la terrasse du palais, et dialogues intimes avec sa fille ou ses proches, laissant transparaître une humanité fragile et sensible.
Si La Grazia conserve la signature visuelle de Sorrentino – compositions parfaites, fantaisie visuelle subtile, et utilisation rythmique de la musique –, le réalisateur opte pour une sobriété nouvelle. Plans fixes, ralentis mesurés et répétitions permettent au spectateur de ressentir pleinement la lenteur des derniers mois du président et la gravité de ses réflexions. Entre un pape aux allures inattendues et des images poétiques comme celle d’un astronaute en pleurs, le film équilibre esthétique et narration introspective.
Toni Servillo, acteur fétiche de Sorrentino, porte le rôle avec une retenue et une sensibilité qui lui ont valu le prix d’interprétation à la Mostra de Venise. Ensemble, réalisateur et comédien explorent les thèmes universels de l’amour, de l’amitié, du doute et de la trahison, tout en interrogeant la responsabilité politique et l’exercice du pouvoir dans une démocratie contemporaine.
À travers la figure du président De Santis, La Grazia soulève des interrogations sur le temps et la place de l’individu dans l’histoire : « À qui appartiennent nos jours ? », demande Dorotea à son père, synthèse poétique des préoccupations du film. Entre drame personnel et réflexion sur l’éthique et la justice, Sorrentino signe un film à la fois intime et universel, où chaque décision pèse autant sur le cœur que sur l’État.
La Grazia confirme ainsi le talent unique de Paolo Sorrentino pour mêler esthétique et profondeur, offrant au spectateur une œuvre méditative, émouvante et pleine de grâce.
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