Dans Rental Family, la réalisatrice japonaise Hikari signe un second long métrage qui plonge au cœur d’une pratique étonnante, mais pourtant bien réelle au Japon : la location de proches pour combler le vide affectif. Louer un ami, un amant, ou même un parent, pour quelques heures ou plusieurs jours, y est devenu un business florissant, reflet d’une société où la pression sociale et les conventions peuvent isoler ses habitants.
Le film, sorti en salles le 4 février, raconte l’histoire de Philip, un acteur américain dont la carrière peine à décoller depuis une publicité télévisée pour un dentifrice sept ans plus tôt. Perdu dans le tumulte de Tokyo, il accepte un emploi pour le moins inhabituel : incarner un membre de la famille ou un proche pour les clients de l’entreprise Rental Family.
Tout commence par un mariage fictif : Philip doit jouer le rôle du futur mari canadien d’une jeune Japonaise, tandis que celle-ci prévoit de se marier en secret avec sa compagne, dans un contexte où l’homosexualité demeure taboue dans certaines familles. Cette mission bouleverse initialement Philip. « Nous ne vendons pas des gens. Nous vendons des émotions », lui rappelle son patron, soulignant la dimension humaine derrière ce commerce atypique.
Au fil de ses missions, Philip découvre la solitude de ses clients et, paradoxalement, trouve un moyen de sortir de son propre isolement. Il devient le meilleur ami d’un geek cloîtré chez lui, le père d’une fillette de dix ans, ou encore le confident d’un ancien acteur en quête de reconnaissance. Brandon Fraser, oscarisé pour The Whale en 2023, incarne avec sensibilité ce géant au cœur tendre, tentant de comprendre les subtilités d’un Japon à la fois moderne et attaché à ses traditions.
Le film s’inspire d’exemples réels. L’entreprise Family Romance emploie plus de 1 200 acteurs à travers le Japon. Son fondateur, Ishii Yuichi, raconte qu’il a lui-même été sollicité pour jouer le père parfait lors d’un entretien scolaire afin de rassurer l’administration sur la stabilité familiale d’une mère célibataire. Rental Family transpose cette réalité à l’écran, explorant la pression sociale et les attentes irréalistes de la société japonaise, tout en mettant l’accent sur la douceur et la résilience des relations humaines.
La solitude est devenue un enjeu majeur au Japon, au point que le gouvernement a créé en 2021 un « ministère de la Solitude » et déployé diverses politiques publiques pour y répondre. Selon Hikari, « la solitude n’est pas propre au Japon, mais elle y est renforcée par les tabous, les traditions et les conventions sociales ». Cependant, le film ne s’attarde pas sur ces aspects structurels. Hikari préfère montrer comment des liens humains sincères peuvent se créer malgré les contraintes sociales, dans un Japon lumineux et presque idéalisé à l’écran.
Avec ses couleurs pastel et sa mise en scène douce, Rental Family offre un récit réconfortant et optimiste, où l’empathie et la chaleur humaine deviennent des remèdes face à l’isolement, transformant un mal du siècle en une ode à la connexion humaine.
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