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Zoom sur les films les plus longs de l’histoire du cinéma

2026-02-03

Le cinéma est traditionnellement pensé comme un art du récit, structuré par une durée raisonnable permettant de capter l’attention du spectateur. Pourtant, certains réalisateurs ont choisi de rompre avec cette logique pour transformer le temps lui-même en matériau de création. Résultat : des films aux dimensions vertigineuses, défiant toute norme et réinventant l’expérience de visionnage.

Parmi ces œuvres hors catégorie, l’une occupe une place singulière. Il s’agit d’un projet suédois intitulé Logistics, signé Erika Magnusson et Daniel Andersson. Présenté en 2012, ce film affiche une durée record de 857 heures, soit plus d’un mois complet de projection continue. Une performance artistique qui dépasse largement le cadre habituel du septième art.

L’idée à l’origine de cette œuvre est volontairement radicale : suivre, minute par minute, le parcours d’un objet banal – un podomètre électronique – depuis sa commercialisation en Suède jusqu’à son site de production en Chine. Le film retrace ce trajet à l’envers, révélant les multiples étapes d’une chaîne industrielle mondialisée. Plus qu’un divertissement, il s’agit d’une réflexion sur la consommation, la logistique et la lenteur du monde moderne. En raison de son format exceptionnel, Logistics a surtout été présenté dans des musées et des espaces d’art contemporain, plutôt que dans des salles de cinéma traditionnelles.

Un autre projet suédois s’est également illustré par son ambition démesurée. En 2020, le réalisateur Anders Weberg a achevé Ambiancé, un film expérimental d’une durée de 720 heures. Pensée comme une œuvre unique et personnelle, cette création devait être projetée une seule fois avant d’être définitivement détruite. Bien que cette diffusion n’ait finalement pas eu lieu, le projet a marqué les esprits par son ampleur et son intention artistique. La seule trace publique disponible reste une bande-annonce elle-même hors normes, longue de plusieurs heures.

Si ces œuvres appartiennent au registre expérimental, le cinéma de fiction n’est pas en reste lorsqu’il s’agit d’explorer des durées inhabituelles. Le film argentin La Flor, réalisé par Mariano Llinás, constitue à ce jour l’un des plus longs longs-métrages narratifs jamais sortis en salles. Avec plus de treize heures de projection, il se compose de plusieurs segments indépendants, chacun abordant un genre cinématographique différent.

Tourné sur près d’une décennie avec les mêmes actrices, ce film-fleuve propose une expérience immersive et exigeante, loin des standards commerciaux. Son ambition est claire : démontrer qu’une œuvre peut s’étendre dans le temps sans perdre sa cohérence ni sa force émotionnelle.

Ces créations exceptionnelles posent une question fondamentale : qu’est-ce qu’un film ? Est-ce uniquement une histoire racontée dans un temps limité, ou peut-il devenir une expérience sensorielle prolongée, proche de la performance artistique ?

À une époque dominée par les formats courts et la consommation rapide des contenus, ces projets extrêmes apparaissent comme des contrepoints audacieux. Ils rappellent que le cinéma peut aussi être un espace de liberté absolue, où la durée n’est plus une contrainte mais une forme d’expression à part entière.

Qu’on les admire ou qu’on les juge excessifs, ces films hors normes ont au moins un mérite : ils obligent à repenser notre rapport au temps, à l’image et à la création artistique.

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