Robert De Niro n’est pas une icône de cinéma parmi d'autres : c’est celui qui a transformé le jeu d'acteur en acte de foi.Portrait d'un acteur qui a redéfini les règles du jeu
New York, 17 août 1943. Robert Anthony De Niro naît dans le quartier de Little Italy, fils d'un peintre et d'une poète. Le cinéma ne s'impose pas d'emblée — c'est la rue, le quartier, cette matière humaine brute et bruissante, qui façonnent d'abord l'enfant. Mais quand il pousse la porte du Stella Adler Conservatory à seize ans, quelque chose se noue. Une méthode. Une vocation. Une obsession.
Ses débuts sont laborieux, comme souvent chez les grands. Des petits rôles, des films de série B, une décennie entière à chercher sa voix. Puis vient Brian De Palma, puis vient Martin Scorsese — et avec eux, l'un des duos acteur-réalisateur les plus féconds de l'histoire du septième art. Mean Streets en 1973 pose la première pierre. Mais c'est Le Parrain II, la même année, qui fait basculer le monde : en incarnant le jeune Vito Corleone avec une économie de moyens stupéfiante, De Niro remporte l'Oscar du meilleur second rôle. Il a trente ans. L'Amérique commence à comprendre à qui elle a affaire.
Taxi Driver (1976) est peut-être son chef-d'œuvre absolu. Travis Bickle, vétéran du Vietnam dévoré par une ville qui ne dort pas, miroir brisé d'une Amérique en crise. La scène du miroir — « You talkin' to me ? » — est improvisée. Elle est entrée dans le panthéon du cinéma mondial. Puis vient Raging Bull (1980), où De Niro prend vingt-sept kilos pour incarner la déchéance physique du boxeur Jake LaMotta : second Oscar, cette fois pour le meilleur acteur. La méthode Stanislavski poussée à son point de rupture.
« Je n'ai jamais joué un personnage. Je l'ai habité — jusqu'à ce que je ne sache plus très bien qui je suis. »
Les années 1980 et 1990 le révèlent dans toute sa amplitude : il est Al Capone dans Les Incorruptibles, Max Cady dans Cape Fear, Jimmy Conway dans Les Affranchis — chaque rôle une nouvelle façon d'explorer l'ambivalence morale, la violence contenue, l'humanité fracturée. Il sait aussi être drôle, touchant, surprenant : Midnight Run, Brazil, Brazil, This Boy's Life. L'acteur de composition se révèle comédien au sens plein du terme.
Avec l'âge, De Niro choisit l'ironie. Il se moque de lui-même dans Mafia Blues (1999), joue les figures paternelles tourmentées, retourne en terrain Scorsese pour Casino, puis Les Infiltrés. Mais c'est peut-être dans The Irishman (2019) que le boucle se referme le plus magnifiquement : vieux et fatigué, comme son personnage, il livre une performance d'une sobriété déchirante, laissant le temps faire ce que la méthode ne peut plus. Le silence comme jeu d'acteur ultime.
Robert De Niro a tourné plus de cent films. Il a cofondé le Festival de Tribeca pour ressusciter Lower Manhattan après le 11 septembre. Il milite, tonne, s'engage. À plus de quatre-vingt ans, il reste une force de la nature et une conscience du cinéma américain. Sans lui, le cinéma du XXe siècle aurait eu un autre visage. Moins intense, moins vrai, moins humain.
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