Un libraire maladroit. Une star de cinéma. Un renversement de jus d'orange. Et une phrase pour l'éternité : « Je ne suis qu'une fille, debout devant un garçon, lui demandant de l'aimer. » Vingt-sept ans après, la magie est intacte.
Il y a des films qu'on ne voit pas, on les vit. Coup de foudre à Notting Hill est de ceux-là. Depuis le 21 mai 1999, date de sa sortie au Royaume-Uni, ce film de Roger Michell sur un scénario de Richard Curtis n'a jamais quitté nos cœurs — ni les classements des meilleures comédies romantiques de tous les temps. Quelque chose dans ce film touche juste, avec une précision désarmante, à la question universelle et jamais résolue de l'amour impossible.
L'histoire est d'une simplicité presque naïve : William Thacker, libraire spécialisé en livres de voyage dans le quartier londonien de Notting Hill, voit un jour entrer dans sa boutique la femme la plus célèbre du monde — Anna Scott, star de cinéma internationale. Il lui renverse par accident du jus d'orange sur le chemisier. Elle accepte d'utiliser les toilettes de son appartement pour se changer. Il tombe amoureux. Elle aussi, peut-être. Le reste est une série d'obstacles, de malentendus, de fuites et de retours — jusqu'à la scène finale sur le banc de Portobello Road qui a fait pleurer des millions de spectateurs.
Roberts et Grant — deux astres en orbite commune
Julia Roberts était le seul et unique choix pour le rôle d'Anna Scott, même si le réalisateur Roger Michell et le producteur Duncan Kenworthy ne s'attendaient pas à ce qu'elle accepte. Son agent lui dit que c'était « la meilleure comédie romantique qu'elle ait jamais lue ». Roberts changea d'avis après avoir lu le scénario et décida qu'elle allait « devoir faire ça ».
Le choix de Hugh Grant pour le rôle de William Thacker fut unanime, lui et Richard Curtis ayant un « mariage d'écrivain et d'acteur fait au paradis ». Michell déclara que « Hugh fait du Richard mieux que personne d'autre, et Richard écrit Hugh mieux que personne d'autre ». Ce sont deux êtres qui semblent faits l'un pour l'autre — à l'écran comme dans la mécanique du scénario. Grant en maladroit touchant, Roberts en superstar qui rêve d'être normale : le film joue la carte du miroir entre les deux acteurs et leurs propres images publiques, avec une intelligence rare pour le genre.
Richard Curtis, ou l'art du sentiment vrai
Richard Curtis — déjà auteur de Quatre mariages et un enterrement (1994) avec Hugh Grant — signe ici l'un de ses meilleurs scénarios. Sa marque de fabrique : des dialogues d'une précision et d'une drôlerie qui semblent improvisés, une galerie de personnages secondaires aussi vivants que les protagonistes, et une façon de traiter les sujets sérieux — la solitude, la différence sociale, la peur de l'abandon — sous le couvert de la légèreté. La ligne d'Anna « Je ne suis qu'une fille, debout devant un garçon, lui demandant de l'aimer » peut sembler ringarde à certains, mais elle montre un côté vulnérable du personnage qui touche universellement.
Le film n'est pas seulement une comédie romantique. Il est remarquablement franc sur les aspects peu glamour de la célébrité — les longues conférences de presse, la façon dont les résidences temporaires deviennent davantage des cages que des maisons loin de chez soi. La rage d'Anna dans la scène du climax, quand William minimise le harcèlement des paparazzi, est l'un des moments les plus honnêtes et les plus forts du film.
Pourquoi il est culte ? L'amour improbable comme universel
Ce qui fait la durabilité de Coup de foudre à Notting Hill, c'est qu'il ne se contente pas de raconter une histoire d'amour entre deux personnes. Il raconte l'histoire d'amour impossible que chacun d'entre nous a vécue — ou rêvé de vivre. Celle où l'autre est trop grand, trop brillant, trop loin. Celle où on n'ose pas, où on rate le moment, où on se dit que ça ne peut pas marcher. Et puis, contre toute attente, ça marche.
Le film a remporté le Prix du Public du Film le plus populaire aux BAFTA en 2000, confirmant ce que les chiffres disaient déjà : Notting Hill n'était pas seulement un succès critique, c'était un phénomène populaire. Vingt-sept ans après, il tourne encore à la télévision, sur les plateformes, dans les soirées pyjamas. Parce que certaines histoires d'amour ne vieillissent pas. Elles font juste partie de nous.
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